JAPON - Géographie


JAPON - Géographie
JAPON - Géographie

La géographie du Japon exprime avant tout le plus remarquable contraste qui soit au monde entre un milieu naturel éminemment ingrat – et n’offrant à ses occupants qu’une superficie cultivable de moins de 80 000 kilomètres carrés (sur 378 000 km2 de superficie totale) – et la présence, en 1993, de 124,6 millions d’habitants dont le P.N.B. par habitant dépasse celui des Américains et celui des Allemands, tandis que l’économie qu’ils ont édifiée sur cette modeste surface place leur pays au deuxième rang parmi les grandes nations industrielles. C’est qu’une situation insulaire classique, fécondée à maintes reprises par l’accueil judicieux d’idées et de techniques étrangères, a développé sur ces quatre blocs montagneux jetés au large du continent asiatique une civilisation originale, où des techniques de la vie matérielle et sociale ont, de bonne heure, permis d’exercer sur le milieu une emprise efficace et de vaincre la hantise séculaire du surpeuplement.

Le problème démographique peut en effet être pris ici comme la pierre de touche de tous les comportements nationaux. D’abord simplement intérieur, il est devenu asiatique puis planétaire depuis cent ans. Pour faire vivre sa population, le Japon a entrepris une mise en valeur raisonnée et savante de ses îles. Une fois armé des moyens élaborés en Occident, il a tenté d’asseoir par la force dans les pays voisins les bases économiques devenues nécessaires à son existence. Enfin, à partir de 1945, refoulé brutalement chez lui, il y a édifié avec une vigueur exceptionnelle un appareil de production qui permet à ses habitants de vivre dans des conditions de plus en plus semblables à celles des nations les plus favorisées. Si donc l’emprise géographique des hommes sur leur pays y est bien l’œuvre des générations, elle a reçu depuis plus d’un siècle ses stimulants les plus irrésistibles, ses moyens les plus spectaculaires.

Ce prodigieux effort s’observe dans les transformations quasi continues du paysage rural et surtout urbain et dans l’application systématique de l’appareil d’État à cet aménagement, l’économie restant toutefois dominée par le grand capitalisme. Il importe d’agir vite dans un pays que menacent presque toutes les calamités naturelles et où, jusqu’à ces dernières années, la croissance démographique surprenait les experts eux-mêmes. Dans tous les ministères et dans les laboratoires d’État dispersés à travers le pays, un corps de fonctionnaires formés à cet effet étudie aussi bien les glissements de terrain ou les séismes que les modalités d’assèchement des baies et marécages pour y installer de nouvelles rizières, les techniques de pêche ou d’élevage marin les plus rentables ou les conditions optimales d’installation des pionniers dans les terres neuves du Nord-Est. Une très grande partie des notions qu’on peut acquérir sur la géographie physique et humaine du pays provient directement de ces travaux, entrepris sous la pression du besoin.

Il importe ainsi d’avoir au départ une vue distincte du lourd handicap qu’impose aux entreprises humaines une nature inhospitalière, dont le relief et la tectonique issus d’une histoire géologique mouvementée sont les éléments déterminants. On doit ensuite considérer la collectivité humaine qui s’est développée sur ces rivages: sa masse, ses modes habituels d’installation et ses techniques de vie en groupe, condition de son effort. Cet effort lui-même sera brièvement décrit sous son quadruple aspect rural, maritime, manufacturier et commercial. On présentera enfin les disparités entre régions et les perspectives qui s’offrent dans les quinze années à venir.

1. Le milieu naturel

Le Japon se trouve dans la zone des arcs montagneux qui constituent la façade orientale de l’Asie. Relativement récent par rapport au continent, il correspond en fait à la rencontre de cinq de ces arcs et se compose d’un matériel secondaire et tertiaire plissé puis métamorphisé en plusieurs étapes. Une dislocation essentielle, la Fossa magna, orientée sensiblement du nord au sud, traverse Honsh , l’île principale, dans sa partie la plus large. Le relief actuel résulte essentiellement d’un quadrillage de fractures qui font du pays un vaste ensemble de blocs et de fossés dont le jeu relatif n’est pas encore achevé.

Relief

Le relief est caractérisé par trois faits: l’abondance des montagnes; le caractère subordonné des plaines, presque toujours périphériques; la variété des contacts entre la terre et la mer.

Les pentes supérieures à 15 p. 100 forment les trois quarts du pays; toutefois, à part les volcans – notamment ceux qui jalonnent la Fossa magna: Fuji (3 776 m), Asama, My 拏k 拏 – et la chaîne des Alpes japonaises où une trentaine de sommets dépassent 3 000 mètres, il s’agit surtout de hauteurs monotones sillonnées de profondes vallées. La jeunesse du relief a été accusée en effet par une érosion violente (que marquent de nombreux glissements de terrain) qui burine partout le pays; l’attestent encore la forme aiguë des hauteurs, rarement couvertes de débris, et la persistance de forces tectoniques (fractures) que traduisent les nombreux séismes et un volcanisme actif. Sur 264 volcans, une vingtaine se sont manifestés depuis le début du siècle, et leurs paysages caractéristiques de cônes, de lacs, de pointements andésitiques se retrouvent en maintes régions.

Les plaines occupent 16 p. 100 du territoire et sont toujours des zones d’accumulations alluviales dans des dépressions tectoniques ouvertes ou non sur la mer. Les paysages sont pourtant fort variés. Le long des deux côtes s’observent les plus vastes étendues planes: plaines de Niigata, de Toyama, d’Ishikawa sur la mer du Japon; du Kant 拏 (T 拏ky 拏), de N 拏bi (Nagoya) sur le Pacifique, ainsi que dans le centre de Hokkaid 拏. La plus grande de ces plaines, celle du Kant 拏, n’excède pas 15 000 kilomètres carrés. Des fleuves irréguliers, qu’il a fallu corseter de hautes digues, courent dans de larges vallées, tandis que les interfluves sont formés de terrasses. Celles-ci, œuvre de soulèvements récents, garnissent toutes les plaines du pays, souvent recouvertes de limons d’origine volcanique. Elles sont parfois fortement disséquées. Les plates-formes d’abrasion marine se reconnaissent à leur parfaite horizontalité, la plus vaste étant celle de Konsen au nord-est de Hokkaid 拏. Vers l’aval, de grandes zones amphibies s’étendent au niveau de la mer (N 拏bi, delta de la Tone au nord de T 拏ky 拏) et on doit les protéger contre les assauts de celle-ci. Vers l’amont, de hautes terrasses, des collines, des cônes alluviaux raccordent ces plaines, assez brusquement toutefois, aux hauteurs du pourtour.

Dans l’intérieur s’étendent des bassins fermés (Matsumoto, lac Suwa, Nagano, K 拏fu, Nara) formés d’alluvions plus grossières. Des gorges profondes et étroites les relient, qu’interrompent aux confluences des dépressions comblées uniquement de cônes alluviaux coalescents. Cependant, l’homme a partout étendu ses rizières et ses champs et transformé en îlot de fort peuplement et de cultures le moindre creux esquissé par la nature.

Pays insulaire et montagneux, le Japon a 28 000 kilomètres de côtes, soit environ 1 kilomètre pour 13 kilomètres carrés, ce qui représente un développement considérable. Leur tracé général résulte de l’évolution tectonique du pays: sur le Pacifique, les grandes fractures sont nord-sud et recoupent obligatoirement la ligne générale du rivage y produisant de larges indentations (baies de T 拏ky 拏, de Nagoya, de Matsushima; presqu’îles de B 拏s 拏, d’Izu ou de Kii). Vers la mer du Japon au contraire, la péninsule de Noto accidente seule une côte à peu près rectiligne sur 1 200 kilomètres. La variété des paysages résulte encore des mouvements verticaux: soulèvement dans le nord du pays (plaines d’abrasion, plaines disséquées, falaises), subsidence à l’ouest (baies marécageuses) et, localement dans la partie centrale de l’archipel.

Les côtes de la mer du Japon sont en général basses, dunaires et marécageuses (dunes de Tottori), tandis que les formes d’accumulation sont moins achevées sur le Pacifique. Toutefois, on ne saurait systématiser davantage et chaque région possède un véritable musée de formes littorales auxquelles des roches variées confèrent en outre un modelé original. Pour la géographie, le fait le plus remarquable est que les hommes se sont concentrés au fond des baies plates et marécageuses du Pacifique, cependant que les sections rocheuses, riches en abris naturels, demeurent en grande partie désertes. Enfin le lent travail de conquête des terres nouvelles et la lutte contre les raz de marée substituent en toutes régions de longues sections bétonnées à ce rivage naturel.

Climat

Au commencement d’avril, la mer d’Okhotsk au nord de Hokkaid 拏 est encore entièrement gelée, quand fleurissent déjà les cerisiers au sud de Ky sh . L’étirement du pays depuis les latitudes sibériennes (460 nord) jusqu’aux environs du 30e parallèle – et même du tropique nord à Okinawa –, la double exposition aux influences continentales, au nord-est, et à celles des tropiques marins, au sud-ouest, les contrastes d’altitude, enfin, y ont créé des climats régionaux fort variés. De grandes influences dominent toutefois cette diversité.

Paradoxalement, celle de la mer est secondaire et se limite à l’action des deux courants froid (Oyashio) et chaud (Kuroshio) qui longent l’archipel; le premier n’intéresse que la façade orientale dans sa partie septentrionale, le second longe le pays à l’est et à l’ouest jusqu’au large de Sakhaline (Karafuto). Leur présence se traduit essentiellement par l’atténuation des contrastes thermiques. La masse continentale de l’Asie, en revanche, a une influence considérable, due au jeu de balance des hautes et des basses pressions saisonnières. Durant l’hiver, les vents froids du nord-est parcourent le pays: chargés d’humidité sur la mer du Japon, ils donnent de grands abats de neige sur tout ce versant, tandis qu’ils retombent asséchés et plus froids sur l’autre façade (Pacifique). En été, ce sont les vents d’origine intertropicale, venus du sud-est, qui dominent et apportent, sur les deux versants cette fois, soit un air anticyclonique brûlant et peu humide (juillet-août), soit d’abondantes pluies qui tombent en deux maxima de juin et septembre. Ce dernier passage de dépressions est accompagné de cyclones tropicaux, sources de pluies et de vents violents. Les précipitations sont ainsi abondantes en été et en hiver (neige) sur la mer du Japon, en été seulement vers le Pacifique et dans l’intérieur (où apparaît un net caractère continental). Les deux zones les plus arrosées sont le sud de Ky sh et de Shikoku (2 600 mm de mai à septembre) et la côte nord-est de Honsh (1 700 mm de juillet à février), le bassin de la Setonai kai (mer Intérieure) abrité au nord et au sud, les pays à l’est du T 拏hoku (nord de Honsh ) et de Hokkaid 拏, isolés par leur situation septentrionale, demeurent remarquablement secs (700 à 800 mm par an).

Fait inhabituel dans un archipel, les températures varient considérablement; Hokkaid 拏 et le T 拏hoku sont des régions froides (face=F0019 漣 40 0C, minimum absolu observé à Asahikawa, ville de 250 000 habitants proche du 44e parallèle). T 拏ky 拏 n’a encore que 13,7 0C de moyenne annuelle (extrêmes: 2,4 et 26) contre 15,7 0C à Madère à la même latitude. Le nombre de jours sans gelée passe de 120 au centre de Hokkaid 拏 à 260 vers Kagoshima (sud de Ky sh ), où le cerisier fleurit deux mois plus tôt. Il reste que le Sud même connaît des jours de gelées, bien qu’un été long et étouffant à cause de l’humidité y recrée l’illusion de contrées plus méridionales. L’été et l’hiver ont respectivement deux et six mois à Hokkaid 拏, quatre mois chacun à T 拏ky 拏 et 牢saka, cinq et trois mois à Shikoku et à Ky sh .

À ce contraste nord-sud se superpose, durant l’hiver, une opposition est-ouest. Cette opposition est particulièrement remarquable lorsqu’on se rend par exemple de T 拏ky 拏 à Niigata durant cette saison; on passe alors d’un air lumineux, d’un froid sec qui rend si agréables les hivers dans la capitale, à un temps brouillé par de nombreuses bourrasques de neige. Durant l’été par contre, la même chaleur humide et pesante règne sur les quatre cinquièmes du pays.

Eaux, sols, végétation

L’abondance générale des pluies assure presque partout une alimentation importante en eau. Toutefois la faible longueur des cours d’eau, l’absence de glaciers régulateurs, la forte pente des versants favorisent leur écoulement immédiat. Aussi, durant la saison humide, les fleuves précipitent-ils vers l’aval des masses d’eau et d’alluvions considérables et, quand il ne pleut pas, seuls de maigres filets parcourent leurs étendues de galets. Le plus long de ces fleuves, la Tone, qui draine la plaine du Kant 拏, n’a que 322 kilomètres.

Bien que l’irrigation de la rizière soit partout possible, grâce aux seules pluies, l’existence d’une saison froide a forcé le paysan japonais à repiquer de bonne heure, alors que les grandes pluies n’ont pas encore commencé (mai), et ainsi à créer partout des étangs de réserve qui procurent un tiers de l’eau d’irrigation, ou bien à capter celle des rivières par des canaux.

Outre de nombreux lacs volcaniques ou tectoniques, dont le Biwa est le plus vaste (674 km2), le Japon possède encore des nappes souterraines; les plaines alluviales recèleraient dans leur sous-sol mille milliards de mètres cubes et les métropoles y puisent 45 p. 100 de leur eau de consommation. Même avec l’appoint des sources (23,5 p. 100), cela demeure insuffisant et le lac Biwa a été mis à contribution pour l’alimentation de Ky 拏to et d’ 牢saka.

Généralement développés sous couvert forestier, les sols sont fort variés. Les sols zonaux, représentés par des podzols gris (nord), ou rougeâtres (ouest), et les sols volcaniques, acides, sont fort peu fertiles. Quant aux sols alluviaux (azonaux), qui constituent 80 p. 100 de l’ensemble, ils sont les meilleurs de l’archipel. Presque toutes les cultures y sont localisées.

Dans le paysage japonais, c’est d’abord la forêt qui s’impose. Couvrant 68 p. 100 de l’archipel, elle doit ce taux exceptionnel au fait qu’elle occupe les montagnes et qu’elle fournit le matériau de base de la construction traditionnelle. Son nombre élevé d’espèces, dû à l’absence des glaciations quaternaires, laisse encore la majorité aux feuillus (48 p. 100 contre 30 p. 100 de conifères pour les peuplements purs), bien que le reboisement y accroisse sans cesse la part des résineux, qui fournissent tout le bois d’œuvre et la pâte à papier.

De cette forêt, 10 p. 100 demeurent inexploités, dans les zones sommitales les moins accessibles. À cause des changements de climat, on passe, du sud-ouest vers le nord-ouest, d’une forêt toujours verte (chênes, camélias) de type pénétropical à des peuplements tempérés (chênes, érables; conifères plus nombreux) et, finalement, à une sorte de taïga (conifères mêlés de bouleaux et de frênes) qui drape les hauteurs de Hokkaid 拏.

Entre cette forêt et les plaines cultivées s’étend souvent une formation végétale originale, la hara , qui remplace probablement d’anciennes forêts brûlées et où domine le bambou nain. Celui-ci n’est qu’une des nombreuses espèces de bambous qui confèrent à presque tous les paysages nippons une relative homogénéité malgré ces variations régionales.

Un milieu naturel violent

La nature japonaise se révèle comme un milieu éminemment inhospitalier pour l’homme: excès, d’ordre climatique et tectonique, de violence et de fréquence diverses, les mieux tolérés en apparence étant parfois les plus onéreux pour la nation.

On songe d’abord aux volcans. Bien que leurs manifestations soient à présent prévisibles et n’entraînent plus de pertes humaines, les volcans ravagent surtout les rizières. Plus redoutables sont les séismes, qu’on ne peut absolument pas prévoir à l’heure actuelle. L’histoire du peuplement japonais a concentré les deux plus grandes villes (T 拏ky 拏 et 牢saka) dans les plaines du versant pacifique où ils sont précisément les plus violents. Il faut ajouter que l’habitude de construire en bois et en papier les maisons, jointe à la pratique du feu ouvert (irori, hibachi : âtre, brasero), en fait une grande cause d’incendies (150 000 morts par le feu lors du tremblement de terre du Kant 拏 en 1923). Les séismes provoquent enfin de terribles raz de marée lorsqu’ils se produisent au large. Plus lents, mais sournois et non moins imparables, sont les glissements de terrain qui affectent certaines régions (Hokuriku, Shikoku) et les affaissements, dus au pompage excessif d’eaux souterraines, dont souffrent la plupart des métropoles, (jusqu’à 2 cm de subsidence par an, localement). Ainsi, de façon lente ou brutale, le sol bouge fréquemment, altérant aussi bien les constructions urbaines que l’indispensable horizontalité des rizières.

Certaines violences climatiques s’exercent régulièrement et ne causent point de surprises: ce sont les grandes chutes de neige qui frappent chaque hiver le littoral de la mer du Japon. Leurs effets sont toutefois aussi catastrophiques (trains bloqués, constructions qui s’effondrent, etc.). Ailleurs, ce sont les étés brumeux qui compromettent la récolte de riz (nord-est de Hokkaid 拏), les sécheresses excessives (région de la mer Intérieure) ou les gelées, tardives ou précoces, dont les effets sont identiques.

D’autres violences sont au contraire soudaines et dévastatrices: ainsi les typhons, qui feraient chaque année près de mille victimes en moyenne (de 1945 à 1961: 20 303 morts, 326 000 habitations détruites) et contre lesquels les riverains du Pacifique, au sud de Nagoya, se protègent en entourant leurs habitations de haies ou de murailles (Shikoku). En été, les inondations, dues surtout à la «pluie des prunes» (baiu) capable de précipiter jusqu’à 600 millimètres d’eau en vingt-quatre heures, exercent d’énormes ravages. On peut rattacher à ces calamités les incendies, liés directement, quelles qu’en soient les causes, au degré d’humidité de l’air et à la violence du vent.

Le Japon apparaît donc comme un pays aux rares terres cultivables et que des excès de tous genres frappent en toutes saisons et en toutes régions. La naissance sur ce sol ingrat d’une brillante civilisation et, depuis cent ans, d’une société économiquement majeure s’impose ainsi comme une des grandes victoires de l’humanité sur la nature.

2. Une société nombreuse et fortement structurée

Les conditions démographiques

Des siècles de lutte contre le surpeuplement

Cette ingratitude du milieu naturel s’est fait sentir de façon aiguë surtout en raison du surpeuplement dont le pays a souffert jusqu’après la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à Meiji (1868), il est vrai, l’archipel ne comptait guère que 30 millions d’occupants, car de sévères contraintes – naturelles et volontaires – freinaient déjà l’accroissement démographique. Mais le Japon de 1993 a 124,6 millions d’habitants, soit 330 habitants au kilomètre carré (105 millions d’habitants en 1970 et 117 en 1980). Or, si l’on estime que 7 millions d’hectares seulement sont exploitables et occupés, la densité réelle approche de 1 800.

En outre, les hommes se répartissent fort inégalement entre les régions. Ce sont les plus anciennement occupées qui ont le plus souffert de surcharge démographique, et ce sont elles aussi – essentiellement les rivages du Pacifique et de la mer Intérieure – qui ont élaboré les parades les plus nombreuses à ce fléau, parades que l’âge industriel a encore étendues et renforcées: réduction de la fécondité, quête de terres nouvelles, émigration et développement d’activités extra-agricoles.

Aux anciennes pratiques d’avortement et d’infanticide, la médecine moderne et la loi ont substitué des facilités peu onéreuses et bien vulgarisées. Le taux de natalité est descendu de 34 p. 1 000 en 1925 (chiffre atteint à nouveau en 1947, effet du «boom» normal d’après-guerre) à 13,7 en 1966; la remontée (19,4 en 1973) qui a suivi le grand essor économique a été effacée par la crise du pétrole et le taux est de 9,9 pour 1992. Comme le taux de mortalité avait lui-même baissé spectaculairement (19,2 en 1925 et 6,2 en 1992), le taux de fécondité est passé de 15,6 en 1925 à 12,7 en 1940, à 7,3 en 1980 pour tomber à 1,5 en 1990, de sorte que l’accroissement naturel n’est que de 3 pour 1 000 en 1992.

La quête de terres nouvelles a marqué tous les âges de l’histoire rurale japonaise. Depuis les plaines et terrasses littorales occupées à la préhistoire, on a attaqué les versants, parfois convertis en terrasses jusqu’au sommet (300 000 ha de rizières sur des pentes de plus 15 p. 100), remontant parfois la terre à dos d’homme comme les riverains de la Méditerranée. On a ensuite asséché des baies, telles celles de Kojima, près d’Okayama, sur la mer Intérieure, ou d’Ariake à Ky sh . La lagune de Hachir 拏gata a été entièrement transformée en polders (223 km2) et convertie en rizières depuis 1954. Enfin, on a entrepris la mise en valeur systématique de l’île septentrionale de Hokkaid 拏 après 1868 et le front pionnier y progressa jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, en dépit de conditions climatiques rigoureuses. Dans les vieilles plaines agricoles, on accroissait simultanément les rendements en perfectionnant l’irrigation (bassins et canaux creusés depuis le Ve siècle).

De très bonne heure également, un artisanat varié (qui a survécu jusqu’à nos jours) a occupé une partie importante de la main-d’œuvre (céramique, papier, textiles, objets en fer ou en bois) et des marchands itinérants en ont diffusé les produits; en outre, les charpentiers, couvreurs ou maçons pratiquaient une émigration saisonnière en bien des régions.

Enfin, les Japonais ont émigré dès que Meiji (1868) a ouvert les portes du pays, surtout en direction des pays de l’Empire (Mandchourie notamment) et de l’Amérique latine; 19 000 personnes se sont encore établies au Brésil de 1947 à 1956. Mais l’attitude raciste de bien des régions (Amérique du Nord, Australie, Afrique du Sud) a freiné ce mouvement, comme le faisait d’ailleurs la répugnance fondamentale des Japonais à quitter leur sol natal, fût-ce pour s’établir à Hokkaid 拏. De nos jours, l’industrialisation et l’élévation générale du niveau de vie ont virtuellement arrêté ces départs.

Répartition des catégories socio-professionnelles

En 1980, le Japon possédait 647 circonscriptions urbaines dont 454 comptaient moins de 100 000 habitants, 174 de 100 000 à 500 000, 9 de 500 000 à 1 million et 10 agglomérations 1 million ou davantage. La composition professionnelle de la population active (62 p. 100 de la population totale) a évolué de 1872 à 1980, l’agriculture et la pêche passant de 78 à 10,9 p. 100, l’industrie de 6 à 33,5 p. 100, les services de 12 à 55,4 p. 100. Cette composition classait le Japon à côté de la France parmi les pays industriels qui avaient maintenu une agriculture active, à la différence de l’Angleterre (agriculture: 2,7 p. 100) ou des États-Unis (3,5 p. 100), mais nettement moins que l’Italie (14,6 p. 100).

Ces catégories se répartissent irrégulièrement sur la carte: les rives du Pacifique à l’ouest de T 拏ky 拏 et celles de la mer Intérieure, sur lesquelles sont implantées toutes les métropoles, se développent à un rythme plus rapide que les autres régions, et le pourcentage du secteur agricole y est plus faible que la moyenne nationale. Dans le reste du pays, qui a une population moins dense mais plus jeune, la proportion de travailleurs industriels est très faible: contraste qu’accentuent les migrations intérieures.

Les conditions historiques

L’origine des Japonais pose encore bien des problèmes. On peut distinguer un peuplement néolithique en partie mongoloïde et différent des Aïnous (Ainu) et, surtout au IIe siècle avant J.-C., l’arrivée de mongoloïdes du continent voisin. Ces peuples se fixèrent d’abord en trois points de l’archipel: Izumo, sur la mer du Japon, Ky sh et le Kansai. Le royaume établi à Ky sh , ayant soumis les deux autres, se fixa à son tour dans le Kansai. De cette province, le peuple japonais se répandit le long des deux rivages du Pacifique et de la mer du Japon jusqu’au nord de Honsh , en repoussant les Aïnous devant lui.

Le fait que ce fut des régions occidentales que partit ce peuplement a créé, dès l’origine, une dissymétrie sud-ouest – nord-est dont la nature avait indiqué les traits: grandes plaines et montagnes hautes et massives, hivers longs et froids, vastes forêts à l’est; horizons limités, climat tiède ou chaud, relief ou insularité morcelant davantage le pays à l’ouest. C’est dans le nord-est que se trouvent les densités les plus faibles (Hokkaid 拏, 71 hab./km2; T 拏hoku, 143) à la fois parce que la riziculture y rencontre des conditions plus difficiles et parce que ce sont là les zones le plus tardivement colonisées. Maints traits culturels varient de part et d’autre de la limite qui, de Nagoya à Kanawaza, sépare ces deux grandes zones: dialectes, forme des maisons, cuisine, etc.

Plus net encore est le contraste longitudinal qui oppose le versant pacifique aux pays de la mer du Japon et à l’intérieur. Les Japonais appellent le premier l’« Endroit » de leur pays (omote-Nihon) , car là se trouvent les régions les plus ensoleillées (tel le San-y 拏, «versant du sud», l’adret); surtout l’histoire y a établi les plus anciennes cités et, partant, les foyers de l’industrialisation depuis 1868, en y accumulant les hommes et les capitaux. L’« Envers »(ura-Nihon , tel le San-in, «côté de l’ombre», l’ubac), neigeux et brumeux, n’a guère de ville de plus de 400 000 habitants et, quoique fort prospère à l’époque féodale, a été délaissé par la grande industrie. Les villes de Kanazawa et Nagoya, la première près de la mer du Japon et la seconde sur le Pacifique, possédaient chacune 120 000 habitants en 1868. En 1898, elles en comptaient respectivement 84 000 et 244 000; en 1920, 137 000 et 608 000; en 1992, aux 445 000 citoyens de la première, Nagoya oppose une agglomération de plus de deux millions d’habitants et en constant essor.

La grande majorité de la population vit groupée. Villages compacts ou étalés au pied des versants et sur les bourrelets insubmersibles au moment des crues, villages de colonisation étirés le long des routes (Hokkaid 拏), hameaux de pêcheurs tapis au pied des falaises ou à l’abri des dunes coexistent cependant parfois avec une dispersion locale de l’habitat rural, aussi bien d’époque reculée (Shikoku, Izumo dans le San-in) que récente (Hokkaid 拏, baies nouvellement asséchées) et qui ne contrarie nullement le jeu de pratiques communautaires fort strictes dans toutes les campagnes.

Les villes sont de cinq origines: la plupart sont d’anciennes capitales féodales (j 拏kamachi , villes de châteaux), telles que T 拏ky 拏 (ex-Edo), Nagoya, face="EU Upmacr" 牢saka, Hiroshima, Fukuoka, Sendai, Shizuoka; d’autres, des villes relais sur les routes des marchés au contact de la plaine et de la montagne, des ports (Nagasaki, Niigata) ou des centres de pèlerinage (Nagano). Jusqu’en 1945, K 拏be et Yokohama, respectivement avant-ports d’ 牢saka et de T 拏ky 拏, étaient les seules cités d’origine industrielle moderne.

Le réseau urbain est dominé par deux agglomérations polyfonctionnelles distantes de 550 kilomètres: l’une groupant T 拏ky 拏, Kawasaki et Yokohama (soit quelque 20 millions d’habitants), l’autre 牢saka, K 拏be et Ky 拏to (environ 10 millions) et dominant plus spécialement la moitié occidentale de l’archipel. Au-dessous: Nagoya (près de huit millions pour la conurbation) et une série d’agglomérations millionnaires ou en passe de le devenir (Sapporo à Hokkaid 拏, baie de Sendai dans le T 拏hoku, région de Shizuoka entre T 拏ky 拏 et Nagoya, agglomérations d’Okayama et d’Hiroshima sur la mer Intérieure, Kitaky sh et Fukuoka à Ky sh ). Puis viennent les chefs-lieux de préfecture (de 400 000 à 100 000 hab.), enfin les cités de moindre importance qui sont les marchés des régions rurales.

Les conditions sociales

En dépit d’une influence chinoise séculaire et profonde et d’une forte implantation de la culture occidentale depuis 1868, les Japonais ont conservé la structure sociale qui est la leur depuis leurs origines. L’unité primitive en était l’uji , sorte de clan groupé autour d’une famille mère, de familles cadettes, de nombreux dépendants et de serfs en une collectivité strictement hiérarchisée et constituant une cellule économique, religieuse, voire politique. La lignée impériale ne fut initialement que le plus puissant de ces clans. L’occupation progressive de l’archipel, par conquête et appropriation, et la formation de clientèles entraînèrent l’essor d’une féodalité militaire, rigoureusement organisée, dont l’époque Tokugawa (1615-1868) vit l’apogée et qui survécut jusqu’à la révolution de Meiji, il y a à peine plus d’un siècle.

Durant ces deux siècles et demi, la société se trouva divisée en quatre catégories socio-professionnelles ayant entre elles des rapports de stricte hiérarchie: guerriers (bushi ), paysans, artisans et marchands. Le pays était divisé en fiefs (han ) administrés par un daimy 拏 lui-même vassal du sh 拏gun résidant à Edo (T 拏ky 拏). Des barrières isolaient les unes des autres ces unités administratives, favorisant le développement de personnalités régionales assez marquées. Après 1868, ce système fut remplacé par des départements de type moderne mais calqués fréquemment sur ce découpage féodal.

La famille demeure le modèle de tout groupement d’ordre professionnel, pédagogique, politique, dont le chef (patron, propriétaire, professeur...) se voit souvent désigné par le terme de «parent» (oya ), tandis que celui d’«enfant» (ko ) s’applique à ceux qu’il domine (élève, employé, «client», protégé...), confusion que facilite la pratique ancienne de l’adoption. Ce sont, dès lors, les liens individuels et les relations personnelles qui règlent tous les rapports collectifs, en fonction d’un jeu savant d’obligations réciproques dont le bilan ne s’équilibre qu’à l’infini. Entreprises, syndicats, groupes professionnels sont autant de «grandes familles» où chacun connaît son rang exact, les obligations qu’il a et celles dont il est l’objet.

Leur grande homogénéité culturelle persuade volontiers les Japonais qu’ils forment une société «sans classes», en dépit des énormes différences de revenus et de modes d’existence qu’on rencontre chez eux comme ailleurs. Si les oppositions internes sont plus aisément voilées qu’en d’autres pays, grâce au paternalisme qu’entraîne cette personnalisation des rapports sociaux, il ne semble pas qu’elles soient inexistantes. Le consensus éperdument recherché (et toujours obtenu) qui permet de les résorber constitue, apparemment, une forme originale et efficace de démocratie dont les Japonais sont ainsi les détenteurs depuis leurs origines, bien qu’ils aient importé, avec les techniques et certaines des idées, tout l’appareil de la démocratie occidentale dont ils s’efforcent studieusement de respecter les rites.

Cette persistance des modes anciens de comportement collectif s’observe dans maints aspects de l’existence et contraste vivement avec le modernisme de l’économie. Le système pédagogique faisant plus appel à la mémoire qu’à la réflexion et apprenant à tout un chacun à «se déplacer en banc de poissons», l’institution du mariage, quasi obligatoire et favorisant la natalité dans un pays déjà surpeuplé, le «familialisme» généralisé (où règnent les ménagères, groupées en puissantes associations) sont nettement, à des yeux occidentaux, des traits du passé. Outre certaines minorités de race ou de culture jugées inférieures (Coréens, Aïnous, Okinawaïens) dont leur démocratie s’accommode, les Japonais distinguent parmi eux une classe d’intouchables (environ 3 millions de personnes), les burakumin , groupés parfois en quartiers et villages distincts, avec lesquels on refuse souvent de se marier et que les grandes entreprises évitent d’embaucher.

Cette soumission à la hiérarchie et la tendance nationale à préférer l’analogie au raisonnement expliquent l’ardeur mise à emprunter les formes de pensée, d’art et les techniques étrangères, habitude immémoriale d’une culture périphérique qui n’a jamais su rayonner hors de ses frontières faute de se trouver porteuse d’un message universel. Mais l’adhésion sans réserve à cette culture explique l’efficacité remarquable de l’effort humain, comme le fait aussi l’intégration étroite de tous les individus dans un corps social cohérent. Cette intégration explique elle-même la soumission séculaire aux privations que le consensus juge nécessaires, l’échec des doctrines égalitaires – christianisme, marxisme – ou fascistes, comme la sécurité que fournit à chacun de ses membres une telle société.

3. Une emprise efficace et variée sur le milieu

L’agriculture

Les productions

L’agriculture ne fournit guère qu’une infime proportion de la production nationale et les denrées alimentaires constituent, en 1991, 14,7 p. 100 des importations totales. Depuis la Seconde Guerre mondiale surtout, des productions nouvelles: élevage, cultures maraîchères et fruitières sont venues s’ajouter aux plantes traditionnelles. Parmi celles-ci, le riz reste au premier rang bien que, de 1960 à 1981, on ait vu diminuer les superficies qu’il occupe (de 3,3 à 2,3 Mha) et sa production (de 12,7 à 10,2 Mt); toutefois, cette dernière remonte à 12 Mt en 1991. Les autres céréales viennent loin derrière, et le blé est la plus importante (860 000 t en 1991). Les légumes augmentent régulièrement leur tonnage annuel et, de 1935 à 1991, les patates douces ont reculé de 3 Mt à 1,5 tandis que les pommes de terre augmentaient de 1,2 Mt à 3,7, remplaçant ainsi les premières dans la consommation nationale. La production fruitière, pendant cette même période, s’élevait rapidement, notamment les mandarines (de 0,4 à 2 Mt), les pommes (de 0,4 à 1) et le raisin (de 71 000 à 300 000 t). Le thé, boisson nationale, occupe 61 000 ha (90 000 t de production) et le Japon produit 71 000 t de tabac en feuilles. Enfin, il se procure le quart de son sucre à partir de la betterave (3,75 Mt) et de la canne (2,2 Mt).

Cette évolution accuse une croissante «occidentalisation» du régime alimentaire où le lait, la viande, les fruits, les légumes et le pain tendent à remplacer le riz, les légumes secs ou les patates du menu traditionnel. Mais elle suppose des achats considérables de vivres, le développement d’un élevage moderne et la résolution des problèmes que pose une structure agraire riche en archaïsmes.

Tradition et modernisme

En 1946, 32 p. 100 des familles cultivaient leur propre terre (54 p. 100 de la superficie arable) tandis que 68 p. 100 de tenanciers exploitaient 45,8 p. 100 du sol; 7,5 p. 100 des propriétaires possédaient 50 p. 100 de celui-ci. La réforme de 1946 a supprimé la grande propriété rizicole, mais le nombre trop élevé de cultivateurs maintient à 1,09 ha la superficie moyenne des exploitations, ce qui freine la mécanisation. Le sol est utilisé en moyenne à 130 p. 100 en combinant au riz une autre culture dans le cycle annuel. Mais une double moisson de riz est presque partout impossible; sur la mer du Japon et dans le Nord, l’enneigement prolongé et le froid ne permettent qu’une seule récolte.

L’empirisme savant qui caractérise toute l’agriculture extrême-orientale se retrouve ici avec ses techniques d’irrigation, d’enrichissement du sol (engrais humain, déchets de poisson, fabrication de composts) et l’alternance des cultures. Depuis la fin de la guerre surtout, ces procédés se sont mécanisés (pompes, petits engins motorisés) et l’épandage d’engrais chimiques comme l’irrigation moderne (barrages) s’accommodent tant bien que mal d’un parcellaire étriqué pour donner d’assez hauts rendements. En 1980, celui du riz était de 5,13 t à l’ha, comme en Italie (Espagne, 6,3; Corée du Nord, 6; Égypte, 5,75).

Nouvelles perspectives

L’essor des grandes villes et l’industrialisation ont permis la commercialisation de cette agriculture. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le citadin japonais consomme de moins en moins de riz; la production demeure trop forte et ne se réduit que lentement, soutenue qu’elle est par l’État au prix d’une coûteuse politique d’achats. La proportion de la surface en vergers par rapport à celle des rizières est passée de 7,3 (1955) à 13 p. 100 (1980). Les pommiers croissent surtout dans le nord de Honsh (Aomori) et les bassins intérieurs du centre (Nagano); les mandariniers sur les collines du T 拏kai (entre T 拏ky 拏 et Nagoya) et les îles de la mer Intérieure. Le raisin croît dans le bassin de K 拏fu, au pied du mont Fuji, et donne quelque 250 000 hl de vin, ce qui est peu à côté des 46 Mhl de bière et des 13 Mhl de saké traditionnel produits chaque année. Quant aux primeurs, melons et fleurs, la multiplication très rapide des abris de vinyle atteste la place croissante qu’ils acquièrent sur le marché urbain.

Le bétail a toujours été peu important au Japon mais les 1,5 million de chevaux de 1935 ne sont plus que 24 000 en 1991, ovins et caprins demeurant quasi inexistants, tandis que les bovins sont passés de 1,7 à 4,86 millions, les porcs de 0,9 à 11 millions et la volaille de 50 à 335 millions. Hokkaid 拏, secondairement le Kant 拏, le T 拏hoku, le Ch goku et le sud-ouest de Ky sh portent les plus beaux élevages.

De 1940 à 1980, la consommation quotidienne par habitant baissait de 370 à 215 g pour le riz, tandis qu’elle passait de 23 à 88 g pour le blé (pain et pâtisserie), de 26 à 95 g pour le poisson, de 9 à 170 g pour le lait, de 6 à 60 g pour la viande et de 6 à 40 g pour les œufs. Mais l’évolution du régime alimentaire, qui explique cette transformation, pose maints problèmes dont les plus importants sont la résorption du surplus de riz et la réduction des surfaces qu’il occupe, et l’achat de grosses quantités de blé et d’aliments pour le bétail, qui grève lourdement le prix de la viande.

L’homme et la mer

Pays insulaire, le Japon exploite la mer depuis ses origines et a effectué en 1979 14 p. 100 des prises mondiales (9 millions 966 000 t), talonné par l’U.R.S.S. mais loin devant la Chine, le Pérou, les États-Unis et la Norvège. Il a en outre importé 1 million de tonnes de poisson, ce qui lui permet d’assurer ainsi 80 p. 100 de la ration en protéines de ses habitants. Il jouit de fonds nombreux et variés, que la rencontre de courants marins froid (Oyashio) et chaud (Kuroshio) enrichit en favorisant la prolifération du plancton. Mais le voisinage de grands pays pêcheurs (ex-U.R.S.S., Chine, Corée) exige chaque année de laborieuses négociations.

Comme dans l’agriculture et l’industrie, on observe ici le voisinage d’un secteur resté archaïque (160 000 familles munies de barques de moins de 3 t; petits ports sous-équipés) et d’un secteur de pointe aux techniques d’avant-garde (navires modernes, pêche au sonar, organismes portuaires spécialisés, tels Shimizu ou Yaizu où opèrent de puissantes sociétés comme la Taiy 拏 Gyogy 拏). Cette exploitation des mers est toutefois fort variée: la pêche au thon dans le Pacifique, l’océan Indien et l’Atlantique, celle du crabe et du saumon jusque vers le détroit de Béring, la chasse à la baleine (Arctique et Antarctique) annexent au pays un véritable «océan mondial» que le pêcheur japonais exploite systématiquement, tandis qu’autour de ses îles, et notamment dans la mer Intérieure, il tente, par des élevages organisés scientifiquement (crevettes, huîtres, poissons divers), de substituer à la pêche-cueillette traditionnelle une activité moderne supposant le réensemencement périodique des fonds et une alimentation étudiée. Partout enfin, algues comestibles et coquillages sont l’objet d’une culture et d’un ramassage actifs.

L’industrie

Production

En quelque dix années (1955-1965), le Japon s’est hissé au troisième rang des pays industriels, puis il est devenu le deuxième en développant systématiquement sa métallurgie lourde et différenciée et les productions chimiques aux dépens des textiles qui dominaient son activité d’avant-guerre. La production d’acier, symbole de cette croissance, a même atteint le deuxième rang en 1980 avec 112 Mt, loin derrière l’U.R.S.S. mais distançant les États-Unis et, de beaucoup, tous les autres pays. Les activités manufacturières du Japon atteignent, en 1991, les résultats suivants: 109,6 Mt d’acier brut, 103 Mt de produits semi-finis en acier, 88 Mt de produits en acier laminé à chaud et près de 80 Mt de fonte; 11,5 Mt de pâte à papier, 7 Mt d’acide sulfurique, 5,5 Mt de produits en matières plastiques et 2,8 Mt d’engrais; près d’1 Mt de bitords, 2,6 millions de m2 de tissus synthétiques et 1,6 million de m2 de tissus de coton. Cette même année, le Japon a fabriqué près de 480 millions de montres et horloges et près de 70 millions de machines à calculer de bureau, 26 millions de magnétoscopes, 18 millions de téléphones et presque autant de caméras 35 mm, plus de 13 millions de postes récepteurs de télévision en couleurs, plus de 5 millions de lave-linge automatiques et de réfrigérateurs et plus de 4 millions de télécopieurs, de fours à micro-ondes ou de platines stéréos pour près de 7 millions d’aspirateurs. Le parc de véhicules s’accroît de 9,7 millions de voitures automobiles en 1991, de 3 millions de motocyclettes et de 7,5 millions de bicyclettes.

Cette activité repose sur de larges importations, vu la pauvreté du pays en matières premières: tout le coton (États-Unis, Pakistan, Mexique et ex-U.R.S.S.), toute la laine (Australie, Nouvelle-Zélande), presque tout le fer (Australie, Brésil, Inde, Chili), plus de la moitié du minerai de cuivre (Philippines, Canada, Nouvelle-Guinée), 70 p. 100 du manganèse (Inde, Brésil), 80 p. 100 du sel (Somalie), les phosphates (Insulinde, Afrique du Nord, Océanie), le caoutchouc naturel (Thaïlande, Indonésie, Malaisie) et plus de la moitié du bois (États-Unis, Asie du Sud-Est, ex-U.R.S.S.).

La dépendance à l’égard de l’étranger n’est pas moins nette, s’agissant de l’énergie. Les principaux bassins houillers (à Ky sh , depuis que celui de Y bari, à Hokkaid 拏, a été fermé) ne donnaient que 18 Mt en 1980; la production totale n’est que de 8 Mt en 1990 pour une consommation de 113 Mt: l’essentiel de la houille vient d’Australie, des États-Unis et du Canada. Le Japon importe de même presque tout son pétrole, surtout d’Arabie Saoudite, d’Indonésie et des Émirats arabes: 1,4 milliard de barils de pétrole brut en 1990, pour une production d’à peine 4 millions. Une consommation de 51 milliards de mètres cubes de gaz naturel, pour une production de 2 milliards, toujours en 1990. En ce qui concerne l’énergie hydraulique (à peine 5 p. 100), les plus grands barrages se trouvent dans le sud du T 拏hoku et dans les Alpes japonaises. L’énergie nucléaire est activement développée et 15 MkW étaient déjà installés en 1981 pour approcher 10 p. 100 de la production électrique en 1990.

Localisation

L’essentiel de cette activité manufacturière se trouve le long des rivages, où sont localisées toutes les métropoles, où parviennent de l’étranger matières premières et sources d’énergie et d’où repartent les produits fabriqués. Mais jusqu’au démarrage de la haute croissance (vers 1955), il ne s’agissait que de secteurs limités: baies de T 拏ky 拏, d’Ise (Nagoya) et d’ 牢saka, détroit de Shimonoseki et, secondairement, sud de Hokkaid 拏, ces deux derniers à proximité de la houille.

Depuis le départ en flèche de l’industrie lourde, les métropoles de T 拏ky 拏, 牢saka et Nagoya et leurs faubourgs élaborent, à eux seuls, les deux tiers (en valeur) de la production: produits chimiques, produits métallurgiques. Dans ces deux secteurs, ce sont les mêmes firmes qui y règnent (Mitsui, Mitsubishi, Sumitomo, Idemitsu, Yasuda) et y possèdent les plus puissantes installations manufacturières, bancaires et commerciales.

Toutefois, la croissance accélérée a vu la grande industrie proliférer, en outre, dans les intervalles de ces trois baies, tendant ainsi à créer tout au long du Pacifique, depuis le nord de T 拏ky 拏 jusqu’à Nagoya, puis, le long de la mer Intérieure, entre la baie d’ 牢saka et le détroit de Shimonoseki, une ceinture manufacturière continue. Ce processus ne fait que renforcer la tendance originelle de cette industrie à se concentrer sur les rivages de l’«Endroit», aux dépens du centre et de l’«Envers», demeurés largement ruraux et relativement dépeuplés.

Communications et échanges

Cette intense activité économique exige des communications intérieures rapides dans ce pays morcelé et montagneux; le caractère vital des échanges extérieurs rend nécessaire un commerce international actif. Au système assez lâche des routes féodales, le gouvernement de Meiji a d’abord substitué un réseau ferroviaire très complet, construit à grand renfort de viaducs et de tunnels et qui assure encore d’excellentes communications locales et régionales. Le trafic, pour 1991, est de 391 milliards de passagers-kilomètres et de plus de 27 milliards de tonnes-kilomètres. Mais, sur les 38 000 kilomètres de voies exploitées (électrifiées pour la moitié), 1 000 seulement sont vraiment rentables: ceux qui unissent T 拏ky 拏 à Fukuoka par Nagoya, 牢saka, Okayama et Hiroshima; le quart des marchandises et des voyageurs circule sur les 550 kilomètres séparant la capitale d’ 牢saka et, dès 1970, 250 millions de voyageurs avaient déjà utilisé la nouvelle voie ultra-rapide du Shinkansen qui, dès 1964, avait doublé la première entre les deux métropoles.

Le réseau routier (1 million de kilomètres en 1991) rattrape son retard et une autoroute moderne parcourt l’archipel de bout en bout. Alors qu’en 1960 ce réseau n’assurait que 15 p. 100 des transports intérieurs de marchandises (contre 40 p. 100 pour les chemins de fer), en 1980 il en écoulait 40,7 p. 100, ne laissant à la voie ferrée que 9 p. 100 du trafic.

Le reste est opéré par un cabotage très actif, qui a accru son pourcentage de ces échanges intérieurs de 45,8 à 50,6 durant le même intervalle. Il dessert régulièrement quelque 900 ports (charbon-coke, 43 p. 100 du total; sable, minerai, fonte), surtout dans la mer Intérieure et entre les trois baies majeures.

Dans ce pays montagneux, l’avion est indispensable aux relations interurbaines rapides; on comptait 30 milliards de passagers-kilomètres en 1980 (chemin de fer, 627 milliards; car, 110; automobile, 321) et on atteint le chiffre de 95 milliards pour l’avion en 1990. Ici encore, l’essentiel du trafic se déroule entre T 拏ky 拏 et 牢saka, secondairement avec Fukuoka et Sapporo.

La flotte marchande japonaise (40 millions de tonneaux) venait déjà au troisième rang dans le monde en 1981, après le Liberia et la Grèce et devant Panamá, la Grande-Bretagne et l’U.R.S.S., mais ne suffit plus à assurer toutes les importations (sauf celles de pétrole). Elle dessert les soixante-huit ports de commerce ouverts au commerce étranger, et dont les principaux sont ceux de la ceinture manufacturière; à eux seuls, Yokohama, K 拏be et Nagoya effectuent 48 p. 100 des exportations. Le schéma général de ce commerce international a peu varié depuis 1868: le Japon achète toujours des sources d’énergie, des matières premières et des vivres et vend des produits fabriqués. Toutefois, ces derniers se dirigent à présent aussi bien vers les pays industriels et la part des vivres a augmenté.

Le Japon exportait, en 1980, 55 p. 100 de ses textiles, 83 p. 100 de ses produits électroniques, 80 p. 100 de ses appareils photographiques, 60 p. 100 de ses voitures et de ses motocyclettes, 80 p. 100 de ses montres et 40 p. 100 de ses machines; produits métalliques et voitures représentaient 50 p. 100 de ces ventes. Aux importations, les sources d’énergie représentaient en valeur 65 p. 100 du total, les matières premières 15 p. 100, les produits alimentaires 11 p. 100, les produits fabriqués 6 p. 100 seulement. La nature des clients évolue par ailleurs: l’industrialisation des pays asiatiques et latino-américains a fermé des débouchés, tandis que l’ère de l’électronique en ouvrait d’autres (États-Unis, Europe, Australie). Les États-Unis sont toujours, en 1991, le premier client (31 p. 100) et le principal fournisseur (22 p. 100), suivis, pour les importations, de l’Indonésie, de l’Australie et, pour les exportations, de la Corée du Sud, de la république fédérale d’Allemagne, de Taiwan et de Hong Kong. Les échanges avec la Chine ne sont plus ce qu’ils étaient avant la Seconde Guerre mondiale, mais une reprise s’effectue: en 1989, 15,9 p. 100 des exportations de ce pays et 17,8 p. 100 de ses importations ont pour partenaire le Japon.

4. Inégalités du développement régional

Régions passives et régions actives

La dissymétrie fondamentale du climat, l’insularité et surtout le morcellement du relief ont dessiné huit grandes régions naturelles: Hokkaid 拏, le T 拏hoku (tiers septentrional de Honsh ), le Kant 拏 (autour de T 拏ky 拏), le Ch bu (partie centrale de Honsh ), le Kansai (ou Kinki, au nord-est de la mer Intérieure), le Ch goku et Shikoku (enserrant la mer Intérieure), Ky sh . Certaines d’entre elles se divisent en sous-régions remarquablement homogènes sur les plans naturel et humain: le Ch bu comprend ainsi un épais massif central (T 拏san) et deux rivages tournés l’un vers le Pacifique (T 拏kai), l’autre vers la mer du Japon (Hokuriku); l’ensemble Ch goku-Shikoku se partage en deux versants «extérieurs» – donnant l’un sur la mer du Japon (San-in), l’autre sur le Pacifique (Tosa) – et deux versants «intérieurs» encadrant la mer Intérieure et ses îles, qui forment avec eux la région du Setouchi (ou Setonai-chih 拏).

Ces régions et sous-régions participent de l’essor spectaculaire de l’Endroit ou, au contraire, se voient partiellement abandonnées au sort traditionnel de l’Envers et des régions extrêmes nord et sud. Il est donc commode de les classer en deux grandes familles.

Les régions en sommeil

L’individualité des régions «passives» repose sur des conditions naturelles ou historiques. Ce sont: le T 拏hoku; le T 拏san et le Hokuriku (dans le Ch bu); le Tosa et le San-in; le sud et le centre de Ky sh . Elles ont en commun leur éloignement vis-à-vis des grandes métropoles, et à un moindre degré, un climat marqué par un excès caractéristique: chaleur humide et typhons (sud de Ky sh et Tosa), neige (San-in, Hokuriku, T 拏hoku), rareté des plaines (T 拏san). Elles sont des réserves de main-d’œuvre pour l’Endroit, étant elles-mêmes presque uniquement rurales et ne possédant pas de cité de plus de 400 000 habitants; ces villes sont fort distantes les unes des autres et leur influence ne s’exerce que sur une portion de leur région.

Ces pays sont en effet très morcelés: le T 拏hoku en plusieurs couloirs de plaines nord-sud, barrés eux-mêmes transversalement; le T 拏san, composé de bassins fermés que séparent des cols étroits; le San-in, formant un chapelet de petites plaines côtières, sur la mer du Japon, tandis que le Tosa et le sud de Ky sh se ferment nettement au nord et à l’ouest, ne s’ouvrant que sur le Pacifique.

La grande industrie n’a commencé à s’implanter que depuis les années cinquante dans ces régions, qui restent surtout productrices de riz (Tosa, Ky sh , Hokuriku, T 拏hoku occidental), vouées à l’artisanat et à une pêche de type ancien (sauf la côte pacifique du T 拏hoku).

Le cas de Hokkaid size=4拏

Malgré son isolement des centres majeurs de la vie nationale, Hokkaid 拏 ne saurait se ranger parmi les régions passives. Cette île peu peuplée (67,5 hab./km2 en 1990), la plus septentrionale de l’archipel, offre en effet à un degré remarquable toutes les caractéristiques d’une véritable région géographique. Son insularité même et son climat, quasi sibérien, en font une unité naturelle homogène en dépit de sa superficie (83 520 km2). Mais son histoire ne l’individualise pas moins, ne remontant guère au-delà de 1869, lorsque le gouvernement de Meiji en décida la colonisation systématique au moyen de soldats-colons, qui firent place ensuite à des migrants ruraux venus des régions les plus peuplées des trois autres grandes îles. C’est donc un pays neuf, comme le montrent son paysage rural, taillé au cordeau, ses maisons de construction partiellement occidentale, ses villes, dont le plan en damier rappelle celles de la Prairie nord-américaine et le fait que sa population, à part les débris du peuple aïnou parqué dans des réserves, s’est constituée uniquement par immigration.

La cohésion interne de la région est due d’abord au pouvoir d’attraction de sa capitale, Sapporo (1,7 million d’habitants en 1991), reliée à tous les points de l’île par un réseau ferré harmonieux et dominant des capitales sous-régionales (Hakodate, Asahikawa, Kushiro, Kitami). Elle est due aussi à une économie très complète unissant la riziculture (qui fournit 5,6 p. 100 de la production nationale) à une agriculture de type «occidental» (betterave à sucre, fourrages, élevage laitier), à l’exploitation forestière et à une industrie puissante (papeteries, sidérurgie surtout) lui assurant une place essentielle et originale au sein de l’économie nationale.

Les régions en plein essor

Les régions «actives» se groupent en un bloc long de 900 km axé sur le rivage du Pacifique (Kant 拏-T 拏kai), le Kansai ou Kinki (ouest surtout) et la mer Intérieure, et qui se poursuit dans la partie nord de Ky sh . Communiquant entre elles aisément, elles ont été les premières occupées par le peuple japonais et rassemblent depuis longtemps les plus fortes densités de population (Kansai, 642 hab./km2; Kant 拏, 1 078). Peu froides, dénuées de neige, ensoleillées en toutes saisons, elles sont constituées avant tout par les rivages en gradins sur le Pacifique et la mer Intérieure, et ce voisinage marin a largement conditionné leur essor, principalement depuis un siècle.

L’unité du Kant 拏 est d’abord naturelle: c’est la plus vaste plaine du pays, bordée d’un cercle de montagnes et ouverte au sud comme à l’est sur l’océan; mais elle est surtout humaine: c’est l’arrière-pays de la plus grande agglomération du monde, capitale du pays, étalée au bord de la baie de T 拏ky 拏. La bordent successivement une ceinture usinière et maraîchère, une zone où alternent champs et rizières, des collines vouées à la sériciculture, des montagnes enfin dont l’exploitation forestière, les centrales hydrauliques et le tourisme en toutes saisons ont permis la pénétration. Cette spécialisation annulaire et un réseau de voies ferrées et routières rayonnant autour de la métropole font du Kant 拏 le type même de ces régions qui tirent leur unité de l’influence d’un grand centre urbain.

Le T 拏kai lui fait suite au sud-ouest et le relie au Kansai. Ici, un certain nombre de centres régionaux – Shizuoka, Hamamatsu, Toyohashi (ex-Yoshida) et surtout Nagoya – constituent un chapelet de foyers d’urbanisation et autant de capitales sous-régionales, que marque de plus en plus la présence de la grande industrie. Le T 拏kai a toutefois une unité évidente, climatique et rurale d’abord: ce chapelet de plaines et de collines tièdes et abritées, les premières intensément cultivées, les secondes plantées en thé ou en arbres fruitiers, forme la plus riche région agricole du pays. Mais l’unité du T 拏kai est, peut-être avant tout, due à sa fonction de relation, très ancienne et développée encore à l’époque moderne.

Le Kansai fut le centre de la culture nationale, grâce à la présence de Ky 拏to, la capitale impériale jusqu’au siècle dernier: le couloir de plaines qui le traverse du nord-est au sud-ouest, depuis le lac Biwa jusqu’à la mer Intérieure, constitue le deuxième foyer de peuplement et d’industrie du pays. 牢saka, déjà soudée à K 拏be, rejoint rapidement Ky 拏to à cinquante kilomètres de là, formant une traînée urbaine de près de cent kilomètres, couverte d’usines et colonisant inlassablement les rivages de la mer intérieure depuis Wakayama jusqu’à Himeji. Cette plaine enfin concentre toutes les voies ferrées unissant le nord de l’archipel à l’ouest.

L’ouest du pays commence par les deux rivages de la mer Intérieure, dont le rôle fut d’abord – comme le T 拏kai entre le Kant 拏 et le Kansai – d’assurer le passage entre le Kansai et Ky sh . Ici aussi, de grosses capitales féodales: Takamatsu et Matsuyama (Shikoku), Himeji, Okayama, Hiroshima, furent les centres d’autant de sous-régions traditionnelles homogènes et sont devenues les noyaux de sous-régions industrielles modernes. L’unité de la région demeure cependant marquée, climatique (sécheresse et luminosité) et agricole (riz, arbres fruitiers), à la façon du T 拏kai.

C’est à Fukuoka, ville principale de la plus occidentale des régions actives du Japon, dans le nord de Ky sh , qu’aboutissent route et voie ferrée partant de T 拏ky 拏. Cette vieille région agricole et artisanale a été la tête de pont de la civilisation chinoise, venue en partie par la Corée; elle a reçu ensuite la première aciérie moderne du pays (à Yahata en 1901) et conserve en 1981 ses seuls bassins houillers. L’agglomération de Kitaky sh , sur le détroit de Shimonoseki, à 50 kilomètres de la métropole bancaire, administrative et intellectuelle de Fukuoka, et, un peu plus loin, celle d’ 牢muta, constituent le dernier foyer à l’ouest de l’industrie lourde japonaise.

La Mégalopolis japonaise

Cette chaîne d’hommes et d’usines tendue ainsi sur 1 000 kilomètres entre T 拏ky 拏 et Fukuoka a pris sa forme actuelle entre 1955 et 1975. Les quatre métropoles «anciennes» – T 拏ky 拏-Yokohama, Nagoya, Ky 拏to- 牢saka-K 拏be, Kitaky sh -Fukuoka – se sont vues alors relier progressivement par l’extension de leurs propres zones d’urbanisation, le développement des grandes villes intermédiaires et la naissance de centres nouveaux dans leurs intervalles les plus propices. Les rivages se sont couverts de complexes industriels, tandis que les collines littorales se rongeaient d’énormes carrières. Un monde entièrement nouveau, mi-rural et mi-urbain, est né ainsi entre la mer et la montagne, où l’ouvrier domine la rizière du haut de son grand ensemble, où le paysan retourne à son champ entre deux murs d’usine.

À la source de cette mutation, à l’origine de la Mégalopolis, se trouve la double volonté de l’État, qui veut donner au pays une position prépondérante dans le monde par son économie, l’ère des conquêtes militaires semblant désormais close, et des grandes entreprises qui veulent trouver hors des métropoles surpeuplées des terrains neufs où puissent s’édifier librement les bases de cette nouvelle puissance. Approvisionnement en eau et en énergie, facilités d’accès, vastes superficies disponibles sont les conditions requises. C’est à grands frais qu’on doit établir ces nouveaux ensembles, car l’occupation préindustrielle du sol ne prédisposait en rien ces rivages à une telle fonction. Aussi les a-t-on surtout étendus sur la mer, peu profonde près des côtes et facilement remblayable. Pour les pétroliers et minéraliers modernes, des chenaux ont été approfondis, cependant qu’une infrastructure de voies de communication et un réseau énergétique étaient installés. Complexes pétrochimiques et aciéries caractérisent essentiellement ces nouveaux ensembles. D’importantes sociétés, filiales des anciens zaibatsu , s’y sont groupées par trois, quatre ou cinq et exploitent en commun les sites qu’elles ont créés. Ces «combinats» comme les désignent les Japonais, sont donc uniquement des groupements de fait et non des formes d’intégration réelle.

On a dit à quel point l’agriculture japonaise se transformait elle-même. Le prix sans cesse croissant de la terre (cette denrée si rare au Japon) et l’essor brusque de la demande urbaine multiplient les cultures maraîchères en bordure des métropoles et des combinats, couvrant d’abris de vinyle des centaines d’hectares; cela, bien souvent, dans l’attente d’une hausse des prix fonciers, la spéculation se donnant libre cours tout au long de la Mégalopolis.

Cette évolution affecte tous les secteurs de la vie régionale et tout d’abord la population elle-même; elle attire en effet dans cette zone des travailleurs de toutes les parties du Japon. Toutefois, ces migrants, qui se dirigeaient traditionnellement depuis les régions rurales ou montagneuses vers les seules métropoles, s’établissent également à présent dans les zones intermédiaires encore semi-rurales mais en voie d’industrialisation rapide. Certains même quittent les vieux centres urbains où la vie est chère, les transports longs et coûteux, pour s’installer, en dépit souvent de salaires légèrement inférieurs, dans ces secteurs neufs. Se superpose ainsi au mouvement centripète traditionnel une circulation d’hommes au sein de la Mégalopolis, dirigée de ville à ville ou même de ville à campagne.

Ce brusque essor bouleverse d’ailleurs les notions classiques de ville, de campagne et de banlieue. Des hommes arrivent et habitent d’immenses ensembles résidentiels construits pour eux; le statut administratif n’est déterminé qu’ensuite, villages (mura) devenant bourgs (ch 拏 ), ceux-ci promus au rang de cités (shi ), elles-mêmes soudées parfois en un vaste organisme comme Kitaky sh qui groupa en 1960 cinq municipalités jusque-là distinctes (Moji, Kokura, Tobata, Yahata et Wakamatsu). Ainsi, point de patriotisme de clocher ou de prestige dans ces nouveaux ensembles entre lesquels cette masse d’hommes se trouve arbitrairement partagée. C’est essentiellement la compagnie, la kaisha , qui forme le noyau structurant de ceux qu’elle emploie; ce sont ses intérêts qui commandent leur groupement en un point donné de la Mégalopolis et toutes les mesures d’urbanisation qui y sont prises. Ici, il s’agit avant tout de produire et de vendre. Cette agglomération démesurée – et structuralement une, puisque les combinats relèvent tous des grandes sociétés qui ont leur siège à T 拏ky 拏 ou à 牢saka – doit être équipée d’un dense réseau de voies de communication. Elle a hérité de l’ancien T 拏kaid 拏 (route et voie ferrée qui unissent T 拏ky 拏 et 牢saka) et lui a joint une autoroute ainsi qu’une voie ferrée ultra-rapide – le Shinkansen – qui relie la capitale à Nagoya en deux heures, à 牢saka en trois et à Fukuoka en moins de sept, à une moyenne intermédiaire entre celle d’un express européen et celle du T.G.V. français. Par ailleurs, un grand nombre d’avions sillonnent le ciel de la Mégalopolis, tandis que sur mer des caboteurs défilent sans cesse d’un port à l’autre.

T 拏ky 拏 et 牢saka, secondairement Nagoya et Fukuoka, conservent au sein de cette vaste traînée urbaine le rôle directeur qui n’a jamais cessé d’être le leur. Parmi les hommes d’affaires japonais membres des conseils d’administration où se décident tout le trafic et toutes les fabrications de la Mégalopolis, 63 p. 100 habitent T 拏ky 拏 et 22 p. 100 牢saka. Le Ch goku et Shikoku, où se trouvent pourtant les plus vastes parmi ces ensembles (Mizushima, Harima, Niihama), n’en comptent que 1 p. 100, autant que le T 拏hoku ou Hokkaid 拏. Des quatre-vingt-dix sociétés industrielles dont le capital atteint un milliard de yen (16 millions de francs), cinquante-six ont leur siège social dans la capitale et vingt dans la métropole du Kansai. Entre elles, Nagoya ne rayonne que sur un domaine de trois préfectures et Fukuoka a un rôle encore plus effacé. Il s’agit donc bien d’un simple étalement à la surface d’une zone jugée la plus rentable de la grande industrie japonaise par les firmes qui la contrôlent depuis sa naissance, et nullement d’un essor d’origine régionale.

5. Prospective

Planification et décentralisation

Cette remarquable transformation du pays surprend et inquiète quelque peu non seulement le monde mais ses auteurs eux-mêmes. Le marché intérieur s’est jeté avec ivresse sur la masse de biens ainsi produite et la société japonaise tout entière est entrée dans l’ère de la consommation, dont toutes les recettes (publicité, crédit, lutte des prix) sont appliquées avec art et efficacité. Malgré les perspectives offertes par l’immense marché chinois et même soviétique, le contentieux politique qui règne encore avec ces deux pays, la répugnance croissante des États-Unis et des pays européens à se laisser envahir par les produits nippons, la présence d’un secteur rural encore archaïque, la frénésie d’investissements, la crise du pétrole enfin et le marasme actuel du marché du travail (le Japon a autant de chômeurs que la France, pour une population double il est vrai), frappent d’incertitude à long terme cet immense effort. Aussi l’État doit-il intervenir, ce qui est de tradition puisqu’il avait lancé déjà la première industrialisation après 1868.

Aussi une planification souple et mobile a-t-elle encadré la croissance accélérée, le plan essentiel, dit de dix ans (1961-1970) ayant été celui qui prévoyait le doublement du revenu national, promesse qui fut plus que tenue. Le M.I.T.I. (ministère du Commerce extérieur et de l’Industrie) guide dans l’ensemble la croissance économique par le jeu des subventions, autorisations d’exporter et attribution d’emplacements, et grâce à l’étroite relation que conservent avec lui les chefs des grandes entreprises (qui sont elles-mêmes pour la plupart d’anciens zaibatsu , plus quelques nouveaux venus: Matsushita, Idemitsu, Sony, Honda). Le problème le plus grave est sans doute posé par la survie d’innombrables firmes marginales, dont la plupart ne se maintiennent que par la sous-traitance.

Il faut aussi contrôler les investissements. Jusqu’en 1961, le total des dettes était égal au triple des réserves en or et devises. La situation s’est améliorée depuis lors; l’État, après avoir hésité sur la marche à suivre, semble décidé à ne pas décourager l’essor des investissements, eu égard aux perspectives qu’ouvre encore le marché intérieur et au léger retard que conserve le revenu national par habitant par rapport aux autres pays industriels où il n’arrive qu’au quinzième rang (en dollars: 7 950 en 1981, soit la moitié de celui de la Suisse, les quatre cinquièmes de celui de la France et juste au-dessous de celui de la Grande-Bretagne).

Se pose en effet le problème de la répartition de ces investissements à la surface du pays. Le déséquilibre qu’entraîne la concentration de la fortune nationale sur un tronçon de la seule façade pacifique soulève maintes difficultés: migrations intérieures constantes et importantes, sous-développement patent de certaines régions comme le San-in et le Tosa, accumulation au contraire dans la Mégalopolis de tous les inconvénients d’une croissance urbaine mal contrôlée.

Or le Japon aura 128 millions d’habitants en 2000 et 130 en 2010, avant d’amorcer une lente décroissance entraînée par le vieillissement actuel de la population (126 millions en 2030, 118 en 2080). Presque 8 Japonais sur 10 sont citadins: la conurbation de T 拏ky 拏 abrite 11 781 000 personnes en 1992 et celle d’ 牢saka 8 735 000; l’ensemble de la Mégalopolis rassemblera bientôt les trois quarts de la population totale. Il est difficile de prévoir ce que sera la vie nationale dans un tel environnement, et l’État a tenté de modifier cette croissance, jugée abusive, en préconisant, depuis 1968 environ, la création de zones industrielles urbaines en d’autres points du pays, notamment dans les régions de l’«Envers»: Hokkaid 拏 central, rivages du T 拏hoku (Hachinohe, Sendai) sur le Pacifique, et du Hokuriku (Niigata et Toyama) sur la mer du Japon, lac Suwa et Matsumoto dans le centre de Honsh , d’autres encore à Shikoku et à Ky sh . Simultanément, on a décidé de contrôler strictement l’accroissement des quatre métropoles «anciennes» et de restreindre l’essor de la Mégalopolis aux zones intermédiaires: combinat de Kashima au nord de T 拏ky 拏, baie de Suruga (Shizuoka), Mikawa (près de Nagoya), Harima (entre K 拏be et Okayama), Hiroshima et région de Shimonoseki.

Les voies de communication rapides

Pour assurer le développement de ces régions, il importe d’étendre à l’ensemble de l’archipel, les voies de communication rapides dont jouit actuellement la seule Mégalopolis: voies ferrées et autoroutes. Il faut d’abord pour cela réunir entre elles les quatre îles principales de façon à supprimer l’obstacle marin qui isole encore de Honsh , Shikoku et Hokkaid 拏.

Ky sh est unie depuis longtemps à Honsh par un tunnel ferroviaire, doublé, depuis les années 1970, du tunnel du Shinkansen et, plus récemment, d’un pont suspendu autoroutier entre Shimonoseki et Kitaky sh . Shikoku est encore la seule des quatre grandes îles à ne pas être reliée au réseau terrestre; la construction (en cours en 1983) d’immenses ponts suspendus entre K 拏be, l’île d’Awaji et la région de Takamatsu, mettra bientôt un terme à ce relatif isolement.

Hokkaid 拏 est, depuis janvier 1983, reliée à Honsh par un tunnel qui est le plus long du monde (54 km, dont 24 sous la mer). Les relations traditionnelles s’opèrent par un ferry entre Aomori et Hakodate; le but du tunnel était de permettre au Shinkansen (qui a atteint Morioka, à 530 km au nord de T 拏ky 拏, en juin 1983) de gagner Sapporo en moins de six heures à partir de la capitale. Toutefois ce fabuleux investissement semble d’ores et déjà moins rentable que prévu et l’énorme déficit des Chemins de fer de l’État limitera pour le moment le tunnel à la voie ferrée conventionnelle.

Il est remarquable toutefois que l’essentiel de ces plans et travaux intéresse la Mégalopolis et que celle-ci, en dépit des planificateurs et des grandes réalisations qui s’opèrent tout de même dans les régions «inactives», continuera de rassembler davantage chaque année les forces productives du pays. On peut prévoir que cette vaste traînée urbaine aura ainsi d’ici à quinze ans porté à un rare degré les inconvénients de la nébuleuse encore mal dessinée qu’elle demeure aujourd’hui: densités abusives, pollution de l’atmosphère et des eaux marines, vulnérabilité en cas de guerre; il est à craindre qu’aucun urbanisme ne puisse parvenir à en maîtriser la croissance.

Voilà quelque cent ans, c’est-à-dire trois générations, les paysans laissaient mourir leurs enfants en bas âge faute de pouvoir les nourrir, et l’archipel ne comptait alors que trente millions d’habitants. Il en contient actuellement plus de cent, dont le niveau de vie s’élève rapidement. Pressé depuis la restauration de Meiji par une évolution démographique spectaculaire, pratiquement réduit à ses quatre îles depuis 1945, le Japon y a construit en hâte une économie révolutionnaire et est en train de devenir le seul marché de consommation de type moderne en dehors des nations blanches. La planification n’a pu que suivre cet élan, non le précéder, et le Japon n’avait sans doute pas le choix.

Cette «occidentalisation» s’est faite toutefois sans rien renier ou presque de la tradition, et c’est dans des cadres sociologiques éprouvés au cours des siècles que la société industrielle s’est moulée; si la question sociale se pose avec acuité au Japon comme ailleurs, elle n’a jamais créé de situation révolutionnaire jusqu’à ce jour, en raison du poids de ces traditions: habitude de la pauvreté, soumission à la hiérarchie, liens de fidélité personnelle. Il en fut de même pour l’importation des techniques modernes, dont on a dit qu’elle se fondait sur le principe, traditionnel encore, de l’imitation cumulative. C’est cette double appartenance au passé – dont tous les éléments «utiles» sont préservés – et au présent – dont s’enrichissent constamment les techniques – qui a permis sans nul doute ce prodigieux effort et conditionne peut-être aussi l’avenir.

L’exemple de la géographie japonaise mérite donc largement notre attention, les problèmes dont elle propose une si brillante solution devant bientôt être les nôtres.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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